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Il y avait cette petite dame...

Toujours bien mise, tirée à 4 épingles, et portant chignon comme les dames d'antan.

Ce qui me surprenait et m'attendrissait à la fois, c'est qu'elle était toujours très pomponnée, juchée sur de jolies bottines à boutons, drapée dans un grand manteau bien coupé, et ce, dès 7h du matin.

Un grand sourire, le rouge à lèvres impeccable et un fard à paupières lavande discrètement posé sur son regard. Une femme tombée d'un tableau du siècle passé en somme..

 

Elle avait un chien qui ne lui ressemblait pas (parce que souvent, les propriétaires ressemblent à leur chien, moi la première).

C'était un énorme Rottweiller, massif qui tranchait radicalement avec cette dame toute frêle et délicate.

Un matin, je promenais Maya très tôt, tombée du lit, les cheveux en vrac et les yeux encore collés. C'est là que la petite dame est venue me parler.

En riant, elle me dit que son chien tirait trop fort sur sa laisse et qu'elle avait manqué de tomber. Puis elle m'assura qu'il était le plus gentil de la planète, et que cela l'embêtait beaucoup de devoir lui faire porter une muselière, mais vous savez avec la loi sur les chiens classés en catégorie dangereuse, on ne peut pas faire autrement.

Je lui répondit que je n'en doutais pas, et avais même flatté le toutou par des caresses.

 

Puis, soudainement, elle se mis à me raconter des bribes de sa vie...

Qu'elle habitait dans le quartier depuis plus de 60 ans. Seule. Qu'elle vivait dans un appartement dont le montant du loyer avait été bloqué peu après la guerre, donc c'était bien pratique car il était grand et possédait un balcon.

 

Puis, elle me parla de lui. Cet homme dont elle avait été la maîtresse pendant 50 ans.

Un Monsieur dont la situation personnelle faisait qu'il n'avait jamais pu l'épouser.

Elle n'avait aimé que lui, même si à présent il était décédé depuis quelques années. Il lui manquait terriblement.

Il ne lui avait laissé qu'une seule chose en partant : un fils, qu'elle ne voyait pas beaucoup car il avait fait des études très importantes vous comprenez. Maintenant, il vit aux Etats-Unis, et il voudrait bien que je vienne le voir, mais il dit que l'avion risque de me fatiguer.

 

Puis, la petite dame sans âge s'est mise à pleurer.

Elle me raconta qu'elle avait vécu de très belles années en sa compagnie. Même si elle n'était que la femme que l'on cache, le secret.

Qu'elle n'oublierait jamais ces merveilleux instants volés, quand ils dissimulaient leurs amours le temps d'un week-end, dans un palace de la Côte.

Quand elle me confia cela, je su tout de suite à qui elle me faisait penser : à l'Impératrice Eugénie. Elle aurait pu vivre à cette époque.

 

 

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Puis, la petite dame continua à parler, parler...

Au bout d'un moment, en belle hypocrite, je m'excusais en arguant que j'avais à faire, mais que cela avait été un plaisir de l'écouter, à bientôt Madame, ravie d'avoir pu discuter avec vous.

 

Plusieurs fois, je la recroisais. 

Un matin, je la vit fouiller dans une poubelle.

Elle jeta sur moi un regard honteux, puis de suite me fit un grand sourire.

 

En fait, elle aimait beaucoup récupérer les sacs en papiers du type de ceux que l'on donne dans les boutiques chics.

Cela me rassura. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne voulais pas que cette dame fouille dans les poubelles.

C'était comme son chien : cela n'allait pas avec elle. Mais après tout, que connaissais-je de sa vie, à part ce qu'elle voulait bien m'en raconter ? Que cachait-elle sous son apparence soignée ?

 

Un autre matin, j'entrais très tôt dans la boulangerie, et elle était devant moi.

Elle racontait l'histoire de son amant à la vendeuse.

Quand elle me vit, elle s'arrêta de parler, me salua, sourit, puis sortit.

La vendeuse me dit : et bien ! Heureusement que vous êtes arrivée, elle ne me lachait plus.

Avec un sourire entendu, je lui dit : ah, elle vous parlait de son histoire n'est-ce pas ?

La vendeuse me répondit : oui, quelle idée d'être la maîtresse de quelqu'un pendant toutes ces années, et son fils qui ne la voit plus. C'est triste hein ?

Je lui fit un autre petit sourire entendu : oui, c'est triste en effet.

 

Je compris par la suite pourquoi la petite dame était toujours dans la rue très tôt le matin.

Elle parlait aux gens.

Elle leur racontait l'histoire. La même histoire. Une histoire qui la faisait exister, et la rendait peut-être un peu plus intéressante aux yeux des autres.

 

En allant acheter des cigarettes, je la voyait parler avec le buraliste.

A la petite épicerie, elle confiait ses souvenirs à la caissière.

Elle venait toujours très tôt. Pour ne déranger personne, pour que l'on ne voit pas qu'elle fouillait dans les poubelles, et parce que les gens avaient peut-être un peu plus le temps.

 

Ce matin, j'ai vu un Monsieur en train de promener le Rottweiller.

En voyant son copain, Maya a tiré sur sa laisse pour aller lui dire Bonjour.

 

Le Monsieur m'a demandé : ah, ils ont l'air de se connaître ?

J'ai répondu : oui, d'habitude c'est une petite dame qui le promène.

Le Monsieur s'est assombri d'un coup : oui, c'était ma mère. Elle s'est suicidée il y a 2 semaines. On l'a retrouvée au bout de quelques jours car le chien hurlait à la mort. J'ai du rentrer des Etats-Unis en urgence pour tout régler. 

J'ai dit : ah... Désolée...

Puis il a rajouté : faut que je vide son appartement, ya un merdier là-dedans, vous ne pouvez pas imaginer. Des sacs en papier partout !

Je n'ai rien répondu.

Il a encore dit : bon, c'est dommage, c'est un appartement au loyer bloqué. Vous savez les trucs de la loi d'après-guerre là !

J'ai répondu : oui, 1948...

Il a terminé par : j'ai trouvé quelqu'un pour récupérer le chien. Je ne peux pas le ramener avec moi vous comprenez, boh, sinon il est pas méchant. Hé, vous la connaissiez ma mère ?

 

Non Monsieur, je ne la connaissais pas. Bonne journée.

 

Puis je me suis éloignée, pendant que le fruit des amours défendues disait au Rottweiller : allez, dépêche-toi, j'ai pas que ça à faire moi.

 

 

 

 

Commentaires

  • Une histoire de tous les jours...

  • C'est triste... l'amour peut parfois vous couper du monde et vous laisser bien seul...

  • Oui, je pense qu'elle sortait le matin juste pour parler avec des gens, cela lui donnait le sentiment d'exister...

  • Je les ai eues aussi dès que je suis rentrée et j'ai voulu immédiatement écrire cette histoire.

  • La vie, tout simplement.

  • Ah merde :(
    Le fils me choque un peu (beaucoup), là... enfin, il avait peut-être l'air triste quand même et racontant juste n'importe quoi pour parler ?

  • Non, un peu agacé par le fait de vider l'appartement.
    Visiblement, il n'était pas très proche d'elle.

  • Une histoire de la réalité.
    J'aurais du parler encore un peu plus avec cette dame. Après ça m'aurait coûté quoi ? 10 minutes de plus de mon précieux temps seulement...

  • Rien à dire..
    ou justement plein...
    et à combien de personnes ça arrive ces histoires là?
    combien de personnes propres sur elle, sont à la limite de devenir sdf, n'ont plus rien..... sont en fin de droit ou à la rue....
    ça reste ça le monde l'apparence.. ça nous sauve d'un côté et nous détruit aussi de l'autre....
    et pleins d'autres choses d'ailleurs

  • Ca nous apprend à ouvrir les yeux sur les autres, au lieu d'être nombrilistes.

  • Joli hommage que tu lui rends.
    Je me dis qu'elle a eu la chance de connaitre le grand amour...

  • Et vivre dans ses souvenirs jusqu'à la fin de sa triste vie...

  • Je te rassure, tu n'es pas la seule.
    Egoïsme quand tu nous tient.

  • oh mais c'est horriblement triste cette histoire !!! Ca me plombe le moral pour démarrer la journée ! sniffff

  • Ce n'est pas fait pour ça. Juste pour réfléchir, et arrêter de se focaliser sur son petit nombril.

  • Je ne l'ai pas fait exprès alors.

  • J'adore moi aussi discuter avec les gens, saisir des bribes de vie, les voir s'ouvrir à une parfaite inconnue et se dire qu'on éclaire un moment de leur journée.

    Histoire très émouvante.

  • C'est comme lorsque l'on raconte sa vie au chauffeur de taxi.

  • C'est tragique comme histoire... Tu la racontes merveilleusement. C'est un bel hommage qui nous ramène en cette matinée aux choses essentielles.
    Merci pour cette parenthèse.

    Je t'embrasse Sonia

  • Oui, la vraie vie est dehors, suffit juste d'ouvrir les yeux.

  • C'est tellement triste et tragiquement esthétique...

    Et je me plaignais de quoi ce matin en me levant ? Pfff... J'ai plus de raison de me plaindre là! Et toi, aucune raison de penser que tu as mal fait quoi que ce soit...

  • Et apprendre de ses erreurs, elles servent à avancer.

  • le suicide c'est juste tellement triste...cette solitude que ça implique :-((
    Nous vivons dans une société qui oubli trop souvent l'humain, les relations humaines sont bien souvent inhumaines... et le mal-être et les suicides augmentent, celui des jeunes aussi comme celui des "vieux"... que faire ? chacun, chacune à notre petit niveau des petites choses simples (un sourire, un bonjour, une parole sur une écoute bienveillante) pour mettre plus d'humanitude dans nos relations proches ou moins proches...
    Tu es une belle humaine Sonia et pas juste à l'extérieur mais aussi et surtout dans "le dedans de toi même"©
    Merci de qui tu es et je te souhaite de réussir dans toutes tes entreprises présentes et à venir...
    Mais love quoi !!!...

  • ahhhhhhhh ça veut pas passer, MÉKESSSKISSSPASSSSSS ????? je réképépète donc
    < 3
    (et paix à l'âme de cette jolie petite dame)

  • Méfiez-vous des apparences.

  • J'hésite entre la tristesse et l'envie. Bien sûr la fin de sa vie a été très triste. Mais, elle, a connu LE grand amour. Combien de personnes, au seuil du paradis, peuvent en dire autant ?

  • Je ne sais pas...

  • Je t'en prie, je voulais juste faire partager mon sentiment.

  • Hu ça me fait pleurer sévère cette histoire... j'ai cru que c'était un extrait d'un bouquin tellement c'est bien écrit.
    Tu lui a fait un vrai hommage, et a moi une leçon de vie, la prochaine fois que quelqu'un vient me parler de sa vie comme ça, je l'écouterai plus longtemps avant de partir...

    Bravo et merci pour elle !
    *retourne pleurer*

  • Moi aussi, je prendrais plus le temps d'écouter, au lieu de penser à regarder ma montre et "bon, c'est pas tout ça, mais elle me gonfle à me raconter sa vie, j'en ai rien à foutre, je ne la connais pas".
    Ca s'appelle : une baffe dans la gueule.

  • oui bien sûr (pour avoir épousé un PN, j'ai appris de mes erreurs, surtout sur moi d'ailleurs... brèfle c'est pas le sujet)mais je ne comprend pas le sens de ta réponse à mon com... c'est pas grave non plus si je ne comprends pas hein !

  • Parfois, il n'y a rien à comprendre ;)

  • J'ai les larmes aux yeux...
    Tu écris tellement bien (que ce soit des histoires cocasses, drôle qu'émouvante)

    C'est triste et beau à la fois.
    Poétique et tragique cette histoire d'amour caché.

    La prochaine fois qu'on viendra me parler, je me rappellerai de cette petite vieille et je me dirai que parfois on peut apporter du soleil dans la vie de quelqu'un juste en l'écoutant.

    Je suis aussi triste pour le chien :(

  • Je pense que le chien sera heureux dans sa nouvelle famille, ça aussi c'est important.

  • Ca me fait penser à un de mes voisins, toujours propre sur lui et très fier, il a toujours envie de parler, que l'on vienne prendre un café chez lui. Il est aussi toujours prêt à rendre service, d'ailleurs il m'en a rendu des services (covoiturage). Il est seul et vit dans le souvenir de sa femme, il est très gentil mais un peu trop intrusif, donc parfois on l'évite gentillement.
    On essaie de garder la "bonne distance", rester cool et sympa mais qu'il ne rentre pas trop dans nos vies et que nous, nous ne rentrions pas trop dans la sienne.
    Plusieurs fois il m'a parlé à mots couverts de ses envies d'en finir, mais heureusement, à chaque fois il avait vu sa femme lui parler et ça l'avait sauvé.
    Tous les matins comme il me dit, il va voir sa femme... En fait il va au cimétière et ça depuis 7 ans... Je trouve ça beau mais en même temps hyper triste.
    Et ce voisin aussi tout comme ton ancienne voisine ne s'entend pas avec ses enfants...

  • Et on ne saura jamais si la petite dame était si gentille qu'elle en avait l'air...

  • Tu sais c'que t'es ????
    Hein ?
    Tu le sais !!!
    Faire pleurer les gens.
    Pour une fois que je m'étais smokeyée !

  • Je préfère quand on picole ensemble ;)

  • C'est très bien écrit Sonia, et grâce á cette histoire j'ai les larmes aux yeux.
    J'ai une tête qui fait que les gens viennent me raconter leur vie, parfois ça me gonfle, la prochaine fois je penserais á ta voisine.

  • Si des gens inconnus ont une histoire à raconter, c'est que c'est important pour eux.
    Peut-être qu'ils n'ont que ça pour exister.

  • Merci de cette belle et émouvante histoire. C'est une petite "lecon" que j'ai récemment vécu aussi... Une jeune fille a rejoint mon club de sport il y a quelques mois, et elle avait du mal à s'intégrer dans notre groupe déjà soudé depuis de longues années (15 ans qu'on se retrouve 3 à 4 fois par semaine...) donc elle essayait de nous parler, individuellement quand elle trouvait l'occasion, pour se rapprocher de l'un ou l'autre, en espérant être acceptée. Nous ne l'avons évidemment pas rejetée mais nous avions tendance a rester entre nous car elle racontait toujours sa vie, ses hsitoires bizarres, pendant des heures. j'avoue que cela me saoulait, et que je préférais aller retrouver mes amis pour rigoler un coup! Il y a quelques semaines, cette jeune fille est décédée subitement, à cause d'une crise cardiaque. Eh ben je peux te dire que nous avons tous regretté notre attitude et surtout nous envisageons la vie autrement: elle est courte, profitons-en encore plus! et surtout, etre ouvert à tous, chacun a son vécu, son histoire, et meme si on n'a effectivement pas toujours le temps ou l'envie, accordons un peu de notre temps aux autres, à faire plaisir, surtout à ceux qui n'ont personne à qui se confier ou avec qui partager leur vie. Comme tu dis, on se regarde souvent trop le nombril...

  • On regarde son nombril, sa montre, et on pense : rho, elle a fini de me raconter sa vie dont je n'ai rien à foutre.
    Oui, c'est ce que j'ai pensé.

  • C'est une très belle histoire racontée avec finesse et sensibilité. La dernière phrase est terrible, comme si toi aussi tu te reprochais d'avoir pensé "j'ai pas que ça à faire" la fois où tu as du couper court à sa conversation.

    Moi aussi j'ai pensé à une nouvelle de Maupassant.

  • J'ai surtout pensé : à ma gueule.

  • Si réaliste.

  • Bonjour Sonia
    Cela fait plus d'une année que je te lis sans me manifester. Sans importance, non ? Pourtant, savons nous ce que chacune porte en elle...? La fin de cette petite dame a fait que tu t'arrêtes une fois de plus sur toi même...
    On ne maîrise pas les circonstances. Ni ce qu'on est, mais on peut agir sur ce qu'on en fait. En partageant, tu nous permets de comprendre aussi ce que tu ne dis pas. Merci pour tes mots qui font grandir.
    Caresse à Maya, à bientôt Sonia.

  • Merci pour ton commentaire.
    Les histoires de la vie, et les erreurs de parcours servent effectivement à grandir et à corriger pour plus tard...
    Essayer de faire de soi : une meilleure personne, moins centrée sur le paraître, plus vraie, moins show-off.

  • J'aurais aimé que ton histoire ait une autre fin...

  • Moi aussi.

  • Quelle triste histoire...

    J'ai souvent l'occasion de rencontrer des personnes âgées (ou plus jeunes) et effectivement je regarde ma montre, je trépigne un peu... finalement j'en ai honte puis je regrette.
    Nous sommes toujours pressés, en retard, mais pour des choses qui comptent souvent si peu... tu as raison, nous ferions mieux d'accorder le l'importance aux choses essentielles.

    Ces évènements sont là pour nous rappeler qu'il faut prendre du temps pour les autres.
    Un très beau texte, comme d'habitude. MERCI !

    Laura.

  • C'est Benjamin Paulin qui dit dans l'une de ses chansons : on a les mêmes grands-mères mourantes qu'on ne prend pas le temps d'assez voir...

  • C'est terrible cette histoire, mais c'est tellement réel, que j'ai du mal à trouver les mots.
    Merci de l'avoir raconter.

  • Pas besoin de mots, juste méditer...

  • C'est une histoire sordide joliment racontée.

    Je ne sais pas ce qui m'attriste le plus, le destin caché de cette dame ou l'indifférence crasse de son rejeton.

  • Mais personne ne sait pourquoi son fils était si distant. Qui sait si cette brave petite dame si gentille et bien pomponnée, n'était pas en fait la dernière des pestes ?

  • Peut-être c'est vrai. Mais de ce que tu nous en as dit je l'imagine plutôt "attentiste", peut-être une maman un peu passive, dont le fils a voulu s'extirper (parti aux Etats-Unis, toujours occupé...).
    Peut-être qu'il lui en a voulu d'être celui qu'on "cache", qu'elle se soit complu dans cette situation de maîtresse?
    M'enfin on saura jamais!

  • Elle peut être belle aussi, si l'on regarde les vraies choses, si l'on est plus humble et moins centré sur soi-même.

  • "Moi aussi, je prendrais plus le temps d'écouter, au lieu de penser à regarder ma montre et "bon, c'est pas tout ça, mais elle me gonfle à me raconter sa vie, j'en ai rien à foutre, je ne la connais pas".
    Ca s'appelle : une baffe dans la gueule."
    Je crois que ça n'a rien à voir Sonia... Personne ne peut expliquer en détail les raisons de son suicide. Sa souffrance était trop grande et même si tu l'avais écouté 1h de plus chaque jour elle aurait peut-être mit fin à ses jours. Le fait que tu publies son histoire ici est en tout cas un magnifique hommage à sa mémoire, c'est très touchant !

  • Malheureusement, ça on ne le saura jamais. Elle est partie avec ses secrets.

  • Dans ton dernier article tu annonçais un prochain billet sur la Taupe, alors quand j'ai commencé à lire je m'attendais encore à une bonne tranche de rigolade.. Bah pas tellement non. Mais c'est une belle histoire. Les sacs en papier restent un peu énigmatiques à mes yeux, pourquoi en faisait-elle collection ?
    Quand j'étais caissière je ne voyais que des clients en quête perpétuelle de conflit, trop souvent arrogants et hautains, impérieux et agressifs. Alors lorsque j'avais affaire à des personnes comme ta petite dame, dénuées de méchanceté et qui avaient juste envie de partager une conversation, j'en venais à les considérer comme des gens étranges et anormaux, comme beaucoup de monde. Pourtant on gagnerait tellement à partager, écouter ...

  • Parce qu'elle portait toujours un petit sac à main, et également l'un des sacs en papier estampillé d'une marque de luxe.
    Etrange effectivement, maintenant que j'y repense.

  • C'est une très très belle histoire...

    C'est drôle, il y a peu, je suis tombée sur le retransmission de la pièce "Très chère Mathilde" avec Lina Renaud et ton histoire me fait penser à ça...

  • Ah je ne connais pas, j'irai voir tiens !

  • Mais c'est trop triiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiste!!!!!
    C'est bien d'avoir parler d'elle. Paix à son âme.

  • Vous en avez certainement une à-côté de vous, mais vous ne la voyez pas...

  • Les gens laissent paraître ce qu'ils veulent bien... La face cachée de l'iceberg, seuls eux la connaissent (ou pas).

  • Cette dame était-elle finalement si douce ? Personne ne le sait. Sauf peut-être son fils...

  • Quelle tristesse...
    Rester à l'écoute des autres...c'est important. N'oublions pas qu'un jour, si Dieu le veut, ce sera nous les petites dames âgées...;-)

    Tu l'avais sentie nostalgique comme beaucoup de personnes le sont à cet âge, (et c'est naturel lorsque la vie est plutôt derrière soi ); mais elle ne t'avait pas parue dépressive?

    PS:J'aime bcp ta réponse un peu + haut, lorsque tu dis être moins "show off".

  • Non, elle ne semblait pas l'être, mais comment aurais-je pu savoir si elle dissimulait quelque chose derrière son apparence...

  • Très beau billet, très émouvant... et un peu rude pour la fête des mères!
    Merci Sonia

  • De toutes façons, la Fête des Mères, à mon sens c'est un truc Pétainiste et commercial.

  • Quand TU picoles et que je sirotes un truc muche sans alcool !!!
    J'aime rétablir la vérité vraie morue puante !

  • Je n'ai pas vu exactement ce qu'il y avait SOUS ta salade (vile truie) !

  • Trés jolie histoire...

    Ca me rappelle l'époque où j'étais commerciale, je me déplacer chez les gens et quelques fois je passais plus de temps à les écouter parler de leurs histoires et de leurs problèmes plutôt que de faire mon travail...:-)
    Moi aussi c'est vrai que des fois je regardais ma montre en me disant "bon il faudrait que j'abrège j'ai un autre rendez vous aprés..." et puis d'autres fois quand j'avais le temps je restais avec eux en me disant que j'étais peu être la seule personne qu'ils allaient voir dans la journée...
    Souvent je rentrais avec des fleurs cueillit dans leur jardin ou des madeleines sorties du four et mes collègues me demande qu'est ce que je pouvais bien faire pour toujours revenir avec les bras chargés...

    Gros Bisous à toi...

  • Comme dans le film "Chacun cherche son chat", quand les petites mamies se sentent importantes car elles ont pour mission de retrouver "gri-gri".
    Elles se mettent à chercher, et au final, elles appellent simplement pour dire : il fait beau aujourd'hui, vous ne trouvez pas ?

  • j'ai aimé ton histoire sonia , surtout la maniere dont tu l'as traité :) avec douceur et réalité !
    j'ai été secrétaire médicale et la j'ai appris a aimer les personnes âgées, parce que derrière leurs rides, leurs faiblesses, leur fragilité , il y avait une vie avec tellement d'histoires parfois tristes mais souvent belles- parfois dramatique, parfois étonnantes et j'aimais ça - ces mamies , ces papis étaient comme des livres a lire , a écouter ! Ils m'en remerciaient et pourtant souvent c'est moi qui auraient du les remercier car leurs expériences , leurs histoires me faisaient voyages dans le temps :))
    on oublie toujours trop souvent que derriere des visages fatigués, vieillis , il y a des jeunes filles, des femmes, des hommes - on les réduit a la "vieille" qui se répete oui qui dérange ! Je deviendrais sans doute une de ces mamies :))) et j’espère rencontrer des "sonias" qui m’écouteront avec bienveillance !
    Quand au fils , on ne peut juger ,on ne connait pas leur histoire filiale - peut etre que son amour passionné pour un homme a nuit a son amour de mere ???

  • Je deviendrai peut-être certainement cette mamie.

  • Elle me fait penser à mon ancienne voisine... Ca devait être une femme entièrement dévouée aux personnes qu'elle aimait le plus, son amant et son fils, elle était heureuse comme ça, juste avec ça.
    Ces personnes au bonheur simple ne courrent plus les rues... Paix à son âme.

  • Profitons du peu que les gens nous donnent au quotidien...

  • C'est une jolie histoire que tu nous racontes là, mais bien triste ... très triste même je trouve ... elle me renvoit a une vieille phobie, celle de finir seule ... ça fait tout bizarre je trouve ...

    en tout cas, tu racontes vraiment bien, simple et touchant, je sais pas si tu le prendras bien, mais ça me fait penser a du Pancol, juste un bout de vie, plus ta façon d'écrire, ca m'a fait penser a la saga "les yeux jaunes des crocodiles" (et vu que j'adore c'est un compliment ;) )

  • C'est adorable Marjorie.
    Cela fait un moment que les livres de Catherine Pancol sont dans mon armoire, et je ne les ai toujours pas ouverts pour l'instant. Cela me tente beaucoup.

  • D'habitude tu me fais rire, là j'ai les larmes aux z'yeux...
    Très touchant, j'espère qu'elle a retrouvé son amour de toujours. Qu'elle repose en paix, même si j'aime pas l'adultère, les maitresses, les brise-couple et les histoires d'infidélité tordues...

    L'amour est la pire arme d'auto-destruction qui puisse exister.

  • Ta dernière phrase est d'une très grande justesse...

  • Parler à ses vieux oui (et encore ça dépend de comment sont nos vieux), faire le psy par charité de vieux qui ont construit leur fosse à purin et culpabiliser de ne pas le faire, non.

  • Tu as peut-être raison...

  • Une belle histoire qui ferait un joli film. Cette histoire me fait penser à un homme de 70 ans qui aimait raconter sa vie à qui voulait l'écouter et que j'ai eu l'occasion de croiser. Au fil des mois, des années, il est devenu un véritable ami. Je me souviens d'avoir commencé à l'appeler Monsieur Untel, puis Monsieur Claude car je n'arrivais pas à ne dire seulement son prénom (ce qui le faisait à la fois rougir et rire) et enfin, j'ai osé le tutoyer (il me suppliait) et dire Claude tout simplement. Sa vie, celle de ses enfants, le décès de sa femme, il me racontait son passé mais nous parlions aussi de tout et de rien comme peuvent le faire deux amis. J'adorais faire aboyer son chien en criant "Bonjour Funkyyyyyy !!! ". Et puis, un jour, plus d'appel, plus de réponse à mes messages... J'ai compris. Une triste et logique fin à cette amitié. Je regrette que ses enfants, n'aient pas contacté toutes les personnes de son répertoire pour annoncer la nouvelle. Mais je suis heureuse d'avoir eu un ami comme lui.

  • Peut-être les enfants pensaient-ils que cela n'était pas important de contacter le répertoire...

  • Merci pour avoir partagé cette histoire avec nous. Par égoïsme, par peur, par pudeur, on se blinde, on passe à autre chose... ces faits là nous rapellent à l'ordre, à l'essentiel...

  • Ton commentaire est très juste, merci...

  • C'est sûr c'est une belle histoire...

    MAIS je me fais un peu l'avocat du diable : qui connaissait cette vraiment cette dame ?? Oui il y a des mamies qui ont l'air toutes mimis et toutes gentilles, mais combien de fois elles se sont transformées en vieille sorcière dès qu'elles ont une petite contrariété ! Ben oui, suffit que tu la gène avec ta poussette au marché, ou que tel djeun's fasse un peu trop de bruit, il là c'est plus la même ! Les vieux d'aujourd'hui pensent qu'ils ont un espèce de passe-droit coupe file de part leur vieil âge insupportable qui leur donnent le droit de te passer devant sans te demander si des fois ça te dérange pas.

    Alors peut-être que ta madame aux yeux lavandes était pas du tout comme ça, mais les vieux et leur solitude nous font pitié, nous font peur surtout, par projection, mais ils sont loin d'être des bisounours.

    Cela étant dis, super mamie a sans doutes rejoint son amoureux de toujours, et elle doit être la plus heureuse des mamies. (Enfin sauf si l'officielle de Monsieur a déjà repris sa place là-haut, mais là je m'égare........)

    (Et le jetez pas des pierres svp :)

  • Il est hors de question que l'on te jette des pierres voyons !
    Ici, chacun a le droit d'exprimer son avis librement.
    Et oui, qui sait ce qu'elle était en réalité ?
    Personne ne le saura jamais...

  • Une histoire ordinaire, une histoire quotidienne, une histoire de la vie...

  • Jolie et triste histoire, très bien racontée, avec la pudeur qu'il faut.

  • J'ai essayé de la retranscrire du mieux que je le pouvais, et ce, afin de ne pas tomber dans le pathos.

  • Je suis vraiment fan de cette histoire, on dirait une nouvelle c'est vrai.

    Et ça m'attriste de voir je sais pas le manque de sensibilité de son fils... Comme si quelque chose qui n'avait pas été compris était mort avec elle.

    Je ne vais pas le juger, parce que je ne sais pas quelle est son histoire mais... ça m'attriste.

  • On ne peut pas juger tant qu'on ne sait pas...
    Laissons-lui le bénéfice du doute, et gardons une belle image de cette petite dame.
    Qu'importe ce qui s'est passé finalement. A présent, elle appartient au passé.

  • Bonjour Sonia,
    Parfois on entend mais on n'écoute pas vraiment ... On ne voit pas non plus la souffrance de l'autre, on ne comprend pas ... et puis il y a le geste .. mais on ne comprend toujours pas parce qu'il n'y a plus rien que le silence et pas de trace, pas d'écrits. Ma Grand Mère est partie comme ça un soir pour ne plus revenir.
    Histoire de dire que je ne l'oublie pas et que je ne la condamne pas non plus.

  • J'ai un proche qui est parti de la même manière.
    Aujourd'hui encore on se demande : pourquoi ?

  • C'est une histoire triste... et pour le fils aussi j'en suis sûre. Il vivait juste dans deux mondes différents.

  • Peut-être, ou peut-être pas...

  • oui.... mais non, cet amour caché, que c'est beau.... elle aura aimé.... et maintenant si elle ne s'était pas suicidée elle aurait été pour la plupart des gens (et je sais de quoi je cause), une maitresse, une saleté de femme qui pique les hommes mariés. On aurait occulté peut-être l'histoire d'amour.

    Je ne connais aucune femme qui aime vivre avec son portable accroché 24H/24H au cas où il appelle. Aucune femme n'aime être seule dans l'ombre sachant que son amoureux est avec l'autre.

    Oui grâce à ce texte, tu as pu faire avancer les a-priori. Les femmes dans l'ombre aiment, et sont tristes. Elles ne choisissent pas un beau matin, de tomber amoureuse d'un homme marié. Elle subissent, et au nom de l'amour elles gèrent leur chagrin. Quand c'est trop gros, trop fort, elle pleure et aimerait parler à une "sonia", mais elle a peur d'être jugée de sal....

    Alors un jour elle se réveille vieille....et l'âge aidant, cette histoire d'amour devient plus respectable.....

    Ma fille m'en veut de ne pas lui avoir offert une vie "normale" avec un papa tous les soirs.
    Elle n'a pas compris que j'étais tout simplement amoureuse d'un homme marié... alors oui elle m'oublie....
    Et oui aussi, elle a souffert de cette situation, de notre histoire, sommes toutes, semblable à tant de femmes.

  • Je te remercie beaucoup Misia.
    C'est très fort ce que tu écris...
    Je me doute que ce billet a du particulièrement te toucher.

  • Les situations sont différentes et pourtant je ne peux m'empêcher de les mettre en parallèle. Un jour au bureau, j'ai vu beaucoup de gens tristes, qui pleuraient. J'ai appris qu'une collègue était décédée, assassinée par son propre mari, qui s'était lui-même suicidé après, laissant derrière eux deux enfants en bas âge. Cette collègue, je ne la connaissais pas. Je la croisais pourtant chaque jour. Je lui disais bonjour. Elle était jeune, 35 ans environ.
    Si on avait tous sorti la tête de nos nombrils, peut être qu'on aurait pu apercevoir sa détresse...

  • Et quand bien même si vous l'aviez sortie...
    Auriez-vous l'aider ?

  • fort touchant et très joliement écrit.
    La solitude est la peste.
    profitons des moments que nous partageons avec ceux que l'on aime.Le temps passe trop vite...

  • Pfiouuu sonia je suis bouleversée... On sait bien comment est la vie, on sait que tout le monde cache des choses derrière les apparences mais on se sent toujours cons quand la vérité toute crue nous frappe comme cela. J'imagine ton émotion, en tout cas elle se ressent dans ce billet (très bien écrit au passage)

  • Je l'ai écrit comme je le ressentais...

  • J'en ai les larmes aux yeux. Cette histoire est trés bouleversante et trés bien écrite. J'ai toujours beaucoup de plaisir à lire tes posts

  • Merci beaucoup Tom !

  • Wah. Je ne suis pas (plus) empathique. Et puis, les gens qui racontent leur vie dans les lieux publics, ça me saoûle rapidement. Peut-être que c'est parce que je suis incapable de raconter mes malheurs à des inconnus que je ne trouve pas ça très concevable.

    Mais pour le coup, cette histoire m'a touchée. C'est horrible de ne vivre que dans ses souvenirs et de finir par partir en n'ayant plus personne pour se faire du souci pour nous. Triste fin de vie pour cette dame.

  • Et malheureusement ce n'est pas un cas isolé...

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